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 Joyeux Noël

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lemon a



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Coup De Coeur Livresques : Jack Barron Et L'eternité
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Date d'inscription : 23/05/2009

MessageSujet: Joyeux Noël   Ven 19 Juin - 18:56

Commentaires et Avis


1


Les anciens meurent après les fêtes, tu le savais ?

Je reviens de mon Noël, dans l'est glacial de la France, à la frontière suisse, là où les gens ajoutent un article défini devant ton prénom et appuient sur les o, les a et les é.

Toute ma famille habite encore cette contrée désolée et moi-même suis né dans une chanson de Brel. Tu voulais voir Vesoul, nous irons voir Vesoul. Mais pour l'heure, objectif braqué sur Héricourt, deuxième ville de Haute Saone, située entre Belfort et Montbéliard. Rien n'est connu à Héricourt, ni son ancienne usine de textile ni sa caserne militaire, fermées depuis au moins vingt ans.

Le réveillon se déroulait dans la maison de ma grand-mère, ultime survivante parmi mes grands parents, agée de 98 ans et réunissait l'essentiel de la famille du côté de mon père, unique fils et dernier enfant de cette femme qui, née d'une famille de fromagers, épousa un maçon italien et donna également naissance à trois filles, les soeurs ainées de mon paternel, mes tantes. S'ajoutaient les maris et les enfants de chacun et quelques éléments importés du côté de ma mère. Ils étaient trente, environ, lorsque j'arrivais de Montpellier, entre vingt et un et vingt deux heures, le soir du vingt quatre décembre. Nous étions au complet.

Les convives descendaient des flûtes de champagne dans le salon. Les murs étaient couverts de photographies représentant la star de la soirée : Lili, six mois, poupon adorable, blonde aux yeux bleus, souriant aux inconnus comme aux plus familiers, ma nièce, la fille de ma petite soeur, l'avenir de notre famille.

Une montagne de cadeaux attendait dans le couloir menant au salon, car la place manquait autour du sapin. Le sol en bois craquait sous les multiples paires de chaussures, les appareils photo crépitaient et les discussions montaient en volume à mesure que les verres se remplissaient

Ma grand-mère de quatre vingts dix-huit ans était assise sur son fauteuil spécial, engoncée dans des couvertures et des coussins d'appoint, ne pouvant guère bouger autre chose que la tête et baragouiner des trucs presque incompréhensibles, car depuis son zona elle est devenue incapable, perdant peu à peu l'essentiel de ses forces motrices, maintenant totalement dépendante. La mamie qui n'a jamais voulu s'imposer à personne, qui, lorsque tu parvenais à l'inviter au restaurant, refusait de choisir un menu différent du tien, la voilà qui se faisait torcher le cul tous les jour du calendrier.

Je dois dire que cette année j'avais décidé de m'organiser pour acheter des choses. Il arrive un moment où on ne supporte plus de recevoir le sempiternel cadeau de la petite cousine sans rien offrir en échange. On remercie avec un air piteux, en s'excusant d'avoir les mains vides. Et elle de répondre que ce n'est pas grave comme un aveu de charité chrétienne. La salope qui me fait passer pour un égoïste, un cancre, un autiste, le type qui n'offre pas de cadeau mais ce n'est pas de sa faute, il est comme ça, on lui pardonne parce que soi-même on est quelqu'un de bien et puis voilà : c'est l'artiste de la famille. Il en faut toujours un.

Je ne m'attarde pas sur le déroulement du réveillon : bonjour comment vas-tu, bouffe, cadeau et bise bise attention sur la route. Ca fait des années qu'on ne va plus se cailler à la messe de minuit et d'ailleurs, je crois bien qu'il n'y a plus de messe, à minuit.

La mamie aura veillé jusqu'à deux heures du matin et puis rideau tout le monde rentre à la maison en se disant que c'était chouette parce qu'on était nombreux et qu'il y avait toute la famille de réunie. L'année dernière j'avais boycotté Noël, la famille s'était engueulée, j'étais resté tout seul à Montpellier, comme un con. Ca m'avait déprimé.

Le vingt cinq décembre : repas de Noël, on termina les restes du vingt quatre, le foie gras, le saumon, la bûche glacée. On but le café à cinq heures de l'après-midi. La mamie était au fond du salon, sur son fauteuil spécial. On lui a fait la bise quand on est arrivé et quand on est reparti

« Alors la mamie, comment est-ce que ca va ?»

Et elle répondait quelque chose comme "oh ben tu sais... euh..." ce genre de refrain dont on ne sait pas quoi faire parce qu'on sent bien qu'elle n'est pas du tout en forme et que ça ne risque pas de se régler..

Le matin du vingt six, je revenais dans la maison de ma grand-mère. Je logeais chez un cousin, à une dizaine de kilomètres, aux portes de Belfort et j'emmenais mon petit frère qui retournait ce jour, avec ma mère, en banlieue parisienne. Mes parents habitent en Essonne mais mon père, travaillant à Genève, était reparti la veille, le jour de Noël.


2

On parle de grisaille parisienne en imaginant la fumée des pots d'échappement qui se mêlent à l'anthracite des nuages. La grisaille comtoise est différente en ce que le gris du ciel semble directement tomber sur la terre, descendant jusqu'au sol, enveloppant les chairs et les formes dans une pellicule brumeuse et latente. A l'intérieur des habitations, les lumières jaunes des ampoules apparaissent d'autant plus vivantes, elle sentent bon le chocolat chaud et la fin du voyage.

Tatie Dédé nous accueillit, mon petit frère et moi et nous dirigea vers la cuisine. La mamie dormait dans le salon, elle avait fermé la porte donnant sur le couloir pour que nous ne la dérangions pas avec notre discussion. Nous primes un petit-déjeuner dans cette cuisine, café noir et tartines de confiture à la prune maison. Au bout d'un certain temps, Tatie Dédé partit dans le salon pour réveiller la mamie. Ma mère et mon petit frère s'apprêtaient à prendre la route pour rentrer sur Paris. Ils ne s'en iraient pas sans lui dire au revoir.

Dans un récit, la partie la plus difficile à écrire est souvent celle que l'on veut raconter. Du moins dans mon cas. Et je tourne autour du pot pendant des chapitres entiers, je limonade et je contextualise car, tous les éléments, bien sur, me paraissent si determinants, explicatifs, indispensables.

C'est bien dans la substance première de l'histoire, dans le mobile du texte que je n'arrive jamais à entrer. Comme si écrire tout autour permettait de poser ce que je veux dire sur une sorte de podium. Mais quand la scène est construite, quand la régie son et les lumières sont prêtes, j'ai l'impression d'oublier le spectacle que je voulais jouer, je me sens ligoté et incapable. Et je recherche constamment cette fameuse transition, la dernière, celle qui appelle l'instant où il faut frapper bien droit afin de toucher au but.

Je crois que tatie Dédé est revenu vers nous un peu affolée en disant qu'elle ne parvenait pas à réveiller la mamie et que ce type de choses n'était jamais arrivé avant. Et tatie Dédé est précisément la personne qui s'occupe le plus de la mamie, elle habite et vit quotidiennement avec elle. D'ailleurs, j'aurai envie, maintenant, de développer un peu sur tatie Dédé. Ca vaudrai le coup sans doute, car c'est un personnage, comme tout à chacun finalement, nous sommes tous adultes, enfants et vieillards des personnages à propos desquels il serait utile de développer un peu.

Mais non, je dois maintenant parler de la mamie, quatre vingts dix-huit ans, mourante, à qui on a sans doute promis que toute la famille, enfants, petits enfants et arrière petite fille viendrait rendre visite pour le réveillon de Noël, la mamie qui a vaillamment gardé conscience jusqu'à deux heures du matin et autour de laquelle nous avons tous posé pour se faire prendre en photo. Tatie Dédé et maman tentaient de la réveiller "maman, tu es là ?" pour l'une "mamie revenez " pour l'autre et la mamie ouvrait les yeux mais ne reconnaissait plus personne et replongeait immédiatement dans une léthargie suspecte. Sa tête penchait, s'affaissant sur le côté. Ma mère ne tardait pas à fondre en larmes.


3

Les personnes âgées ressemblent aux animaux qui, d'une manière générale, nous ressemblent le moins. Qui n'a pas reconnu des airs d'oiseaux, hiboux, perruches ou vautours chez certain de nos plus anciens, dans la manière de rouler les yeux, dans les démarches saccadées, dans quelques gestes ou expressions particulières, des façons d'insectes aussi, lorsqu'ils portent un aliment à la bouche par exemple et encore des signes de poissons dans ce qui leur appartient de luisant ou poisseux.

Je regardais la mamie : elle ressemblait à une vieille tortue, avec une peau sèche et écailleuse. Elle semblait, elle, regarder vers les rivages du Styx, progressant sur l'embarcadère, attendant le passeur. Elle partait dans une direction où on pouvait à la rigueur l'accompagner, à l'instinct, à l'émotion, dans l'instant présent, mais on ne pourrait pas la suivre jusqu'au bout du voyage et tout le monde le savait. Elle nous quittait.

Maman et tatie Dédé lui maintenaient la tête, caressant son visage, la serrant et pleurant dans ses cheveux. J'étais assis en face, sur une chaise et je tenais sa main, qu'elle avait posé sur ses genoux, par-dessus les couvertures. Mon petit frère ne savait pas trop quoi foutre et lui tenait l'autre main, un peu emmerdé. D'un coté ça m'irritait de voir ma mère et ma tante sangloter comme ça, comme deux femelles frustres et ignorantes. Je crois que je n'aimerais pas m'éteindre avec des gens chialant autour de moi, me reniflant dessus ou cherchant à me retenir en débitant les conneries habituelles "reste avec nous" et tout le superflu. Ca paraît tellement difficile de mourir. Je crois que je préférerais partir dans une atmosphère plus groovy. Tu tamises la lumière, tu montes un peu le chauffage et tu balances un bon son. Merci à toi, si je peux faire quelque chose, là haut, alors je te revaudrai ça.

Pour la première fois, je voyais quelqu'un mourir devant moi, quasiment dans mes bras, en direct, sans trucage. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ça. Il paraît que j'ai du sang froid remarque, du putain de sang froid pulsé par un coeur froid. J'observais le visage de la mamie et j'y captais de l'abandon, de la sérénité. On dit "lutter contre la mort" l'expression est évidente tant il me parut clair que la mamie avait rendu les armes. Elle cherchait à mourir, elle souhaitait s'en aller.

Quand on a pas l'habitude on se demande un peu ce qu'il faut faire. Il n'était pas question de la transporter à l'hôpital, la mamie avait formulé ce désir qu'on la laisse partir sans intervenir pour la sauver. D'ailleurs quel sens à prolonger la vie absolument alors que tu subis un état de dépendance et de dégradation constante et que toute cette Ce mot n'est pas de notre langage, parlez correctement ! ne pourrait pas s'améliorer, ni demain ni jamais. Tatie Dédé décida d'appeler le médecin de famille, informé et respectueux de notre position. Une chose était certaine : la mamie ne quitterai pas la maison, aucune ambulance ni aucun pompier ne réussirait à l'emporter.

Le médecin ne répondait pas au téléphone et sa messagerie était saturée. Il devait manger des papillotes en famille, un peu plus loin, dans la chaleur d'une lumière jaune. La mamie ouvrait les yeux parfois, mais pour les refermer aussitôt et piquer à nouveau du nez. Elle ne reconnaissait personne, sa poitrine se soulevait néanmoins à intervalle régulier, sa respiration semblait normale, sans altération, sans encombrement. Tatie Dédé appela une autre tatie et un tonton, son mari, qui prenaient aussitôt la route, depuis Belfort, pour nous rejoindre. Et moi, à ce moment-là, je suggerai de convoquer un prêtre.
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MessageSujet: Re: Joyeux Noël   Ven 19 Juin - 18:57

4

Ouais un prêtre. Rien que ça. Je me croyais sans doute à Hollywood là, pour sortir un truc pareil. C'est dur tu sais de demander s'il ne faudrait pas appeler un prêtre en employant le ton de circonstance. C'est tellement anachronique et je m'étonnais moi-même d'y avoir pensé. Je jure ici que je ne suis pas chrétien. D'ailleurs je confesse avoir, par le passé, pissé dans plusieurs bénitiers d'une même église pour rire des vieilles dévotes qui se signaient - l'eau bénite est tellement fraiche à l'accoutumé qu'y ajouter un peu de chaleur humaine ne pouvait pas, en soi, constituer un grand péché. Et j'avoue également m'être livré à des actes sexuels, toujours dans la maison du seigneur, entraîné par une diablesse brulante et perverse comme toutes les diablesses.

Héricourt, la campagne rude de l'est, soumise aux rigueurs froides de l'hiver, à la lumière blanche et grise d'un ciel trop bas, aux terres gelées, aux forêts vastes et effeuillées. Dans le salon de la mamie règnait le tic tac profond d'une horloge comtoise, le plancher en vieux bois, la tapisserie désuète et l'armoire, la grande armoire en chêne ou en marronnier. Tout cela appelait un prêtre. Dans la semaine, deux personnes aidaient au ménage et à la toilette de ma grand mère : la Christiane et la Valérie. La première, sans âge, bossue, habillée dans les thèmes de son balais et de sa serpillère, les cheveux gris courts en bataille et la mâchoire supérieure très en avant, souriant hideusement d'une rangée de dents jaunes et crenelées et la seconde, plus jeune, la Valérie, qui, pointée de dos, pourrait susciter la curiosité de l'autre sexe, assez grande, plutôt balancée, avec un bon cul et une taille cambrée, avait dû prendre un gigantesque coup de fer à repasser dans la gueule, tant toute une moitié de son visage partait de traviole, la bouche vers l'oreille droite et un ovale d'orbite optique devenu rond comme un ballon de football : deux braves filles la Christiane et la Valérie, mais deux vrais monstres de campagne. Et au milieu, la mamie qui ne souhaitait rien d'autre que rendre l'âme. Décidément, il nous fallait un prêtre.

Et le prêtre est venu. Sa messagerie n'était pas en dérangement à lui. De nos jours, incontestablement, les opérateurs téléphoniques font plus de blé dans les cabinets médicaux ou les dans les hôpitaux que dans les presbytères.

Pardonnez-moi l'abbé, pardonnez mon propos. Vous êtes passé en début d'après-midi, vous, l'abbé qui avez marié mes parents et qui m'avez baptisé, moi, chiard, ne croyant plus en rien aujourd'hui. Vous étiez prêtre-ouvrier, ouvrier la semaine et prêtre le week-end si on peut dire. Vous faisiez carriste. A l'heure où de la fumée sortait encore des cheminées de l'usine à textile, vous transportiez des ballots de tissus et vous meniez le combat syndical. Comme quoi, on peut être un homme d'église et s'opposer au grand capital. Même à la CGT vous défendiez des idées radicales. La sueur a perlé de votre front et vos sermons dominicaux, certainement, devaient s'ancrer dans les réalités éreintantes de ceux courbant l'échine.

Yo l'abbé, vous vous êtes attablé avec nous, buvant le café que j'avais préparé, bien tassé et écoutant tatie Dédé, athée militante, vieille fille révoltée, comme vous, hochant la tête, disponible, réceptif, empathique, sous vos sourcils broussailleux brillaient les yeux d'une vraie sagesse. Puis vous vous êtes levé et vous vous êtes dirigé vers le fauteuil spécial de la mamie. Vous êtes resté debout, face à elle, inconsciente et vous avez effectué vos machins religieux, une prière, une bénédiction, les derniers sacrements, allez savoir, nous on s'en fout mais vous avez fait ce qu'il fallait et voilà tout, avec justesse et sans chichi, sobrement. Merci l'abbé, que Dieu vous garde, la mamie était une croyante.


5

Que raconter encore, comment finir une histoire qui n'est pas terminée ? Le médecin est venu aussi. Faute de liaison téléphonique l'oncle et les tantes se sont rendus à son domicile, non loin de chez mamie. Chez mamie oui, parce que si on dit "la mamie" figurez vous qu'on ne dira pas "chez la mamie" mais "chez mamie", sans y mettre d'article défini. Il s'agit d'une règle grammaticale, un chausse trappe linguistique permettant de confondre les faussaires, les types vicelards qui tenteraient, en maquillant leur diction, de se faire passer pour des gars du coin. Peut être que des types comme ça n'existent pas, car généralement l'accent terreux de l'est est mal considéré, mais n'empêche qu'on n'est jamais trop prudent. En 1870 les Allemands ont conquis l'Alsace et la Lorraine, ils n'ont pas eu la Franche Comté.

Le médecin a livré son diagnostique. Tension à douze, pas de complication cérébrale, la mamie ne devenait pas débile, par ailleurs elle ne montrait aucun signe de souffrance visible. Elle mourrait dans le calme. On s'en doutait finalement. Le médecin a fermé sa sacoche en cuir et à prescrit de doubler le patch de morphine, au cas où.

Pour ce que j'en sais la morphine est l'opiacé le plus addictif. Mes sources viennent de la rue, de toxicomanes, véritables loques humaines, accrocs à la seringue, dont certain s'injectaient de l'héroïne dans les beaux jours et de la morphine, comme substitut, dans les mauvais. Ceux-ci se faisaient prescrire du Skénan, un comprimé morphinique qu'ils écrasaient et s'envoyaient dans les veines. Ces restes d'hommes, que personne ne croira jamais sauf toi et moi, tendent très nettement à affirmer que la dépendance à la morphine est de loin la plus vive. Sache, pour la petite histoire, que la morphine utilisée en soin est extraite d'une variété de pavot elle-même cultivée sur notre sol national, dans les environs de La Rochelle. Ainsi, il existe des champs de pavots en France et cela j'en suis informé parce que je fréquentais une bande de bras cassés qui, chaque année, partait en camion piller ces champs secrets. Au retour, ils faisaient bouillir les bogues de pavot à feux doux, dans une grande marmite, pendant quarante-huit heures et obtenaient ainsi le rachacha, pâte d'opium non raffinée qui s'ingère ou se fume pour redescendre ou s'envoler.

Alors qu'ils allaient quérir le médecin, je me suis retrouvé seul avec la mamie, assis sur une chaise, à côté d'elle, qui naviguait dans les vapes, tenant sa foutu main. La vie te colle parfois dans des situations de vérité, des moments cruciaux où tu as le sentiment qu'il ne faudrait pas se rater. Mon problème à moi, est de me sentir investi sur le plan émotif, d'entrer de plein pied dans la situation, de la vivre en être humain sensible, alors que j'ai tendance à considérer les choses de l'extérieur, comme si je matais le monde du fond de la galaxie, avec une peau verte et des antennes de martien plantées sur la tête.

Je ne pouvais pas rester comme un con à ne rien dire, je me suis mis à lui parler. Mais avec sa grand-mère en train de rendre l'âme on n'improvise pas sur la pluie et le beau temps, on est obligé d'aborder des sujets déterminants, des propos précieux, avec un ton définitif, parce qu'on ne clamse qu'une fois et qu'au moment ultime où la vie s'échappe on a certainement envie d'entendre autre chose que les caquètements inutiles de nos soucis quotidiens.

Alors, j'ai improvisé et je me suis appliqué à croire à ce que je racontais. Je regardais son visage et ses yeux fermés, sa sérénité et sa poitrine qui se soulevait, j'ai dit que je prendrai soin de la famille, qu'on resterait soudé, qu'on ferait plein d'enfants pour continuer la vie et d'autres propos du même acabit. J'en ai déjà oublié la moitié aujourd'hui, quatre jours après, mais je n'oublierai pas le fait.

J'ai passé la nuit sur place et le lendemain matin la mamie est revenue à elle. Qu'est-ce que je fous là ? Demandait-elle. Elle avait dû se paumer en route et revenir au point de départ. La mamie n'a pas réussi à mourir, je l'ai embrassé et je suis redescendu à Montpellier.
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Elora

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MessageSujet: Re: Joyeux Noël   Mar 30 Juin - 17:59

Franchement, j'aime beaucoup cette nouvelle...
J'espère lire de nouveaux textes de ta plume. Smile
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Quentin

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MessageSujet: Re: Joyeux Noël   Jeu 2 Juil - 1:34

J'aime aussi beaucoup ta nouvelle ! J'ai pas grand chose à dire. C'est écrit dans un style fluide et plaisant !
Si tu en as d'autres, fais nous les lire !
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